France Télévisions et Radio France en marche contre la liberté d'expression

Dans une lettre émanant de leur service juridique respectif, France Télévisions et Radio France ont mis en demeure le site parodique Francetvdésinfo fin septembre, en exigeant que cesse son activité. Celui-ci était maintenu depuis juin par des militants de la France Insoumise qui entendaient ainsi tourner en dérision la violente charge médiatique contre le mouvement. Une manoeuvre autoritaire disproportionnée et ridicule.

Dans leur courrier, les directeurs juridiques de France Télévisions et Radio France revendiquent que la charte graphique et le nom du site parodique constituent « un acte de contrefaçon de marque » (France Info) et que « le choix d'un nom de domaine ne se différenciant de celui de notre site que par l'ajout du "des" est de nature à accroître la confusion dans l'esprit des consommateurs ». Notez au passage le choix du mot « consommateur » pour désigner les auditeurs usagers du service public, qui n'essaie même plus de cacher son abandon à la logique de marché. Les équipes de France Info craignent-elles vraiment que leur site internet soit confondu avec celui de Francetvdésinfo et ses articles parodiques aux titres aussi grossiers que « Et si Mélenchon provoquait la fin du monde ? » ou encore « 12 et 23 septembre : les névrosés sont de sortie ! » ? Serait-ce l'aveu, de la part des journalistes du service public, de leur oeuvre de propagande ? On pourrait le leur accorder : ils sont bien souvent si caricaturaux eux-mêmes qu'on ne saurait faire mieux. Ce sont quand même « les informés » (sic) de France Info qui ont affirmé sans sourciller que la France Insoumise avait invité à son université d'été un ex-président Vénézuélien quand elle avait convié Rafael Correa, ex-président de l'Équateur, pays dont on ne peut certes soupçonner l'existence si l'on se contente de notre bien chéri « service public » [1] ; ou encore quand France Info nous « informe » que la France Insoumise ne participera pas à la manifestation du 12 septembre, ce qui est un mensonge pur et simple qui ne fait que servir les intérêts du patronat en plein mouvement social.

On notera que quand France Info opère une telle désinformation, aucune correction n'est jamais effectuée, malgré toutes les réclamations que nous avons pu porter. D'un côté, un « média » du service public profère avec autorité des bêtises et ne se dédit pas, à des audiences qui se comptent a minima en centaines de milliers de personne. En face, un petit site de toute évidence parodique, aux audiences très limitées, qui a certes réussi l'exploit de tromper des journalistes de BFMTV et du Figaro avec un faux cahier d'été En Marche [2] (ce qui dit quelque chose sur la situation actuelle du journalisme) mais ne laisse guère de doute quand à sa nature parodique, et qui n'a absolument pas les moyens de se défendre de cette attaque totalement irrationnelle. En effet, le droit des marques ne reconnaît pas, contrairement au droit de la propriété intellectuelle, une exception de parodie [3]. Une jurisprudence existe, qui pourrait protéger francetvdésinfo, mais le site n'a pas les moyens juridiques de faire valoir ses arguments et ses droits. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils ont décidé d'obtempérer, en changeant de charte graphique et de nom. Et cela confirme, une nouvelle fois, l'intolérance totale des médias à la critique, si insignifiante soit-elle. Honte à France Info.

[1] https://mrmondialisation.org/les-anes-ont-soif-le-nouveau-film-de-pierre-carles-est-arrive/
[2] https://www.arretsurimages.net/articles/2017-08-02/Cahier-d-ete-d-En-Marche-Le-Figaro-et-BFM-pieges-par-un-site-parodique-id10085
[3] https://www.village-justice.com/articles/Parodie-droit-marques-risques,14969.html

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