Débats des législatives sur France 3 : "pas assez de chaises" pour inviter les candidats de la France Insoumise

Le premier tour des élections législatives est imminent. Dans ce contexte, on attend du service public qu'il offre à son audience une couverture de la campagne qui soit respectueuse du pluralisme, condition fondamentale de l'exercice démocratique. En particulier, les débats entre candidats à la députation organisés par la chaine France 3 dans la plupart des circonscriptions devraient au moins donner la parole aux candidats des forces majeures.

Si l'on peut comprendre que tous ne soient pas invités, leur nombre pouvant être assez élevé, on peut légitimement espérer que la première force de gauche du pays à la sortie de l'élection présidentielle soit représentée. Plusieurs rédactions de France Télévision en ont pourtant décidé autrement, et les exemples sont nombreux :

Dans la dizième circonscription de la Gironde, où Mélenchon est arrivé troisième au premier tour de la présidentielle, et largement en tête de la gauche avec 12 points d'avance sur Benoit Hamon. Étaient invités à un débat par France 3 Aquitaine : le candidat LR, la candidate FN, et le candidat du PS, malgré le très mauvais score de Benoit Hamon dans cette circonscription. Interrogée sur la raison de la non-invitation de la France Insoumise au débat, la rédaction a répondu qu'elle n'avait "que quatre chaises sur le plateau". Le service public peut en effet débourser 100 000 euros pour refaire le bureau du directeur de Radio France, mais ne peut pas se payer une chaise chez IKEA.

Dans la deuxième circonscription de Corrèze, où Jean-Luc Mélenchon est arrivé second au premier tour, la candidate de la France Insoumise n'était pas invitée au débat, auquel participaient les candidats de En Marche, de LR, du FN et du PS. Une rupture de stocks de micros peut-être ?

Même situation dans la deuxième circonscription des Deux-Sèvres : là aussi, la France Insoumise est arrivée en deuxième position. Cette fois aussi, les seuls candidats invités étaient exclusivement ceux de LREM, LR, FN et le PS. À une différence près : la candidat "socialiste" Delphine Batho se réclamant de la "majorité présidentielle", tous les intervenants étaient de droite. Le candidat de la France Insoumise, Yannick Maillou, affirme avoir été "balladé" par la rédaction, pour se voir finalement répondre "vous n'êtes pas invité".

Autre cas fort de symbole, le cas de la onzième circonscription du Pas-de-Calais, où Jean-Luc Mélenchon fut candidat en 2012. On se souvient de la jubilation des médiacrates lors de son élimination au premier tour, Marine Le Pen arrivant largement en tête. Le Parti Médiatique, alors, affichait sans pudeur sa haine pour Mélenchon, mis "au tapis", "rhabillé pour l'hiver", et "étrillé". Aujourd'hui, ce sont les mêmes qui lui reprochent de ne pas être candidat dans cette circonscription cette élection. Pourtant, dans son débat entre candidats de la circonscription d'Hénin-Beaumont, France 3 n'a pas invité Jean-Pierre Carpentier, le candidat de la France Insoumise. Ici encore, Mélenchon était arrivé deuxième à la présidentielle, avec 23 % des voix. Les six candidats qui ont été invités sont :

  • Marine le Pen (FN, 41 % à la présidentielle)
  • Philippe Kemel (sortant, PS, 5 % à la présidentielle)
  • Anne Roquet (LREM, 15 % à la présidentielle)
  • Alexandrine Pintus (LR-UDI, 8 % à la présidentielle)
  • Hervé Poly (PCF, pas de candidat à la présidentielle)
  • Marine Tondelier (EELV, pas de candidat à la présidentielle)

La rédaction de France 3 présente ce débat comme celui des "principaux candidats de la circonscription". Au vu des rapports de force à la présidentielle, on peut apprécier la qualité du jugement qui conduit à considérer la France Insoumise, première force de gauche, comme secondaire. Manque de bol pour la chaîne : un sondage publié hier donne Jean-Pierre Carpentier à 1 point du second tour avec 13,5 % des suffrages, loin devant Hervé Poly (4 %) et Marine Tondelier (2,5 %). Incroyable ! On ne s'en serait pas doutés. Contraint de se justifier, le clairvoyant service politique de la rédaction locale n'hésite pas à déformer la protestation de la FI, qui selon eux les "reproche de ne pas les avoir invités au profit du Parti Communiste". Non, il vous est reproché de ne pas les avoir considérés comme une force "importante" au même titre que le PCF ! On attend toujours les protestations des journalistes et notamment ceux de la presse "de gauche" et pourfendeuse d'"injustices".

/images/france3/censure.jpeg

Jean-Pierre Carpentier devant les locaux de France 3 où se tenait le débat auquel il n'a pas été invité.

Commentaires

Comments powered by Disqus